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Indispensable

Velours de montagne, Gros-Morne, Terre-Neuve, 2011

Velours de montagne, Gros-Morne, Terre-Neuve, 2011

En fait de monter les escaliers du Gros-Morne, il s’agit plutôt de les descendre. Le parcours que propose la carte du parc indique une boucle qui démarre par l’escalade d’un pierrier abrupt, partie la plus difficile de la journée de marche. Une fois au sommet, une fois admirés la longue vue alentour et le tapis de gros cailloux gris de ce mont chauve, on ménage le promeneur qui, le temps d’un long escalier, peut descendre sans effort. Sûrement pour mieux préserver les effets car tout de suite viennent de nouveaux pierriers, d’autres chemins étroits et raides. Par quelle logique les rangers du parc national du Gros-Morne ont-ils estimé utile de construire un escalier dans la partie en pente douce ? Certainement qu’ici l’escalier a été plus facile à construire qu’il ne l’aurait été partout ailleurs. Ce qui pourrait démontrer qu’il n’était pas indispensable. Voilà l’erreur. Considérer les choses sous l’angle de leur « indispensabilité ». L’escalier est un cadeau, d’autant plus qu’il n’est pas nécessaire, et alors même qu’il serait utile un peu plus loin quand on se tord les chevilles. Et bien là, la nature offre une autre récompense : une vue miraculeuse qui force à l’arrêt. La beauté sauvage des replis de la végétation du flan opposé est une douceur indomptable. C’est l’encolure pétrifiée d’un grand dinosaure longtemps endormi. Il parait qu’il y a des ours noirs partout dans ces forêts. Empruntent-ils parfois les escaliers ?
Hermance

Hermance Triay est née en 1977, elle vit et travaille à Paris. Auteure-photographe professionnelle, diplômée de l’EnsAD Paris (École nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris), elle a perfectionné son savoir-faire au studio Harcourt. Indépendante depuis 2003, cette orfèvre du portrait ancre sa pratique dans la recherche d’une certaine qualité de présence de son modèle, et dans sa démarche artistique. Parce que son art est de faire émerger ce qui est fondamental, ses portraits exposent la force et la beauté singulière de chacun. Dans son atelier du 13e arrondissement, que fréquentent des professionnels libéraux, des chefs d’entreprises et des écrivains, elle œuvre quotidiennement à photographier les personnalités marquantes de la société contemporaine.

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